Jeff le Bars

Publié le 12 février 2014 par Eyvie dans Coups de Crayons | 813 views

Jeff Le Bars, 28 ans déjà, toujours debout.

Peux- tu nous raconter ton parcours et comment tu as fait tes débuts en tant qu’illustrateur/ animateur ?

Après mon BAC, je tente le concours des Gobelins pour réaliser mon rêve de chichounette, mais me ramasse douloureusement à cause d’un manque total d’entraînement. Je me lance alors dans des études de langues à Bordeaux pour noyer mon chagrin.

Je découvre l’existence de l’école Emile Cohl, qui me promet de m’apprendre le dessin et toutes les techniques d’animation et d’illustration. Séduit de nouveau, voilà comment après 5 ans d’études, je me lance dans 4 nouvelles années de carte étudiante… jusqu’en 2012.

Mes débuts dans le métier à l’issue de la formation Emile Cohl n’ont pas été particulièrement difficiles, sans être non plus évidents.
La carte la plus importante qui m’a permis de rentrer dans la partie est mon film de fin d’études Carn, sans lequel je n’avais pas grand-chose à montrer aux recruteurs, mon book n’étant qu’un recueil d’exercices étudiants un peu maladroits et pas très glamours.
J’ai tout misé sur ce film, et les prix qu’il a reçu en festival. Ce n’est donc pas une méthode qui marche dans tous les cas, ça dépend surtout du succès du dit film… Et cette fois là, j’ai eu de la chance.

J’ai trouvé un petit boulot de monteur assez rapidement fin 2012, puis je me suis mis en 2013 en collaboration avec un pote de promo : François Dufour, pour créer des projets de séries et court-métrages à deux. Depuis l’été 2013, nous travaillons chez Kawanimation et Cube creative sur divers projets de séries animées et publicités.

Clip pour Aldebert et Claire Keim réalisé à Cube Creative avec François Dufour.

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Quelles sont tes influences et tes artistes référents ?

Mes influences sont très diverses. Tous les artistes sont bienvenus. Lorsque je cherche des références pour un projet, j’ai une idée générale de l’intention que je veux donner, puis je trouve des artistes qui ont déjà réfléchi sur le sujet. Souvent, mes collègues passent derrière moi et me font connaître de nouvelles références dont je n’avais jamais entendu parler…

As-tu une technique de dessin particulière ? Quelle-est ta méthode de travail ?

À l’école, on nous a appris beaucoup de techniques différentes, mais malheureusement, pour rester compétitif, il est presque impératif maintenant de tout faire directement sur l’ordinateur. Donc, photoshop, tvpaint, after effects, 3ds max
Pour des court-métrage d’auteur, avec du temps et de l’argent, on pourrait se permettre de revenir à des méthodes plus séduisantes comme le papier, la peinture animée, ou le stop motion… Mais sur des commandes serrées (comme nous avons eues jusqu’à présent), on se doit d’aller au plus rapide et au plus économique. C’est vrai qu’on regarde nos crayons et pinceaux avec un peu de nostalgie.

À travers tes dessins/animations y a t’ il un message que tu veux faire passer ou un état d’esprit ?

Lorsque ce sont des commandes publicitaires, le message que l’on fait passer nous échappe un peu. Par exemple, il n’est pas toujours en accord avec nos principes moraux, mais le client est roi !
Sur les projets de court-métrages personnels, j’aime bien utiliser des allégories pour exprimer ce que je ressens profondément. Mais je préfère ne pas être trop didactique et laisser le spectateur choisir ce qu’il veut retirer de l’histoire.

Pour Carn, par exemple, mise à part que c’est une histoire touchante et triste avec un graphisme et une superbe animation, y’a -t-il un message caché ?

J’ai écrit Carn à la suite d’un rêve que j’ai fait, donc les idées sont surtout sorties de mon inconscient. En tout cas, on m’a demandé si j’avais un problème avec ma mère, si j’avais un problème avec mon chien, si j’avais secrètement envie de porter un manteau de fourrure…
Beaucoup de gens trouvent l’histoire très morale, d’autres ne comprennent pas cette fin. En l’écrivant, je me suis aperçu que j’avais respecté sans m’en rendre compte les principes de la tragédie classique, à savoir que quel que soit le choix que fait le héros, il est foutu.
Je suppose que le message principal est que la vie nous met dans des situations impossibles, et qu’il faut assumer les conséquences de nos actes quels qu’ils soient. Impossible d’échapper à ça, impossible de fuir.
Le message caché est peut-être : ne laissez jamais une femme avec un fusil chargé !

Peux-tu nous parler de tes projets actuels ou futurs ?

Avec François, on essaie depuis un petit moment de démarrer un court-métrage (B-Ordure) avec des techniques similaires à Carn, dans l’univers des mondes-décharges (les gens qui vivent sur des montagnes de détritus). Cependant, le caractère vraiment sombre du scénario est difficile à défendre devant les producteurs, mais on ne perd pas espoir de le voir fini un jour…

B-ordure


En attendant, nous avons trois, voir quatre projets de série sur le feu, et plusieurs petits projets de commandes en même temps, et pas toujours assez de temps pour les réaliser dans de bonnes conditions. Nous faisons beaucoup de nuits blanches et c’est difficile de tenir le rythme sur la longueur…
Mais c’est le métier qui rentre !

Qu’avez-vous pensé de Carn ?

Pour plus d’animation et d’image c’est par ici : http://jefflebars.com/

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