Atelier Sentô

Publié le 18 novembre 2015 par Eyvie dans Coups de Crayons | 1 586 views
Lors du salon de la BD à Gradignan, nous avons eu le plaisir de rencontrer Cécile et Olivier, les créateurs du jeu, The Coral Cave, en cours de réalisation.
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Quelles sont vos parcours respectifs ?

Cécile a fait des études de langue et civilisation japonaises et Olivier a fait une fac d’arts plastique.

Le dessin n’étant pas mis en valeur à la fac, Olivier a suivi des cours à côté dans un atelier à raison de 30 heures par semaine d’anatomie, perspective et dessin de modèle vivant. Mais ce qui nous a le plus formé, c’est d’emporter nos carnets à dessin en voyage et de réaliser un grand nombre d’aquarelles durant nos promenades.

En Italie, au Japon, au Pays-bas, mais aussi pendant nos balades en France en Bretagne, dans les Alpes, au Pays Basque : nous prenons 2 heures par ci, 2 heures par là pour dessiner des paysages qui nous plaisent.

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Comment avez-vous eu l’idée du projet The Coral Cave ?

À l’origine, nous nous destinions vraiment à la BD mais notre contact avec les éditeurs commençait à nous peser. Nous trouvions que le rapport de force était bien trop inégal et psychologiquement écrasant pour les auteurs.

À la même époque, nous avons redécouvert le jeu vidéo d’aventure. Nous revenions d’une année passée au Japon, année riche en expériences et nous voulions en faire quelque chose.

Grâce à la multiplication de logiciels gratuits de création de jeux et au développement des plate-formes de vente en ligne (comme Steam), il était maintenant possible de créer son propre jeu de A à Z, sans passer par un éditeur ni un diffuseur. Cette vulgarisation des logiciels a permis l’émergence de projets portés par des créateurs venus de divers horizons : dessinateurs, sculpteurs, écrivains etc…

Par exemple, les deux musiciens Dorian Sred et Trevor Rêveur ont récemment créé Void & Meddler, un jeu cyberpunk tout droit sorti de leur univers musical. Le résultat est tout à fait original car il n’est pas nourri par le monde du jeu vidéo en vase clos, mais de leur expérience extérieure.

Nous avons ainsi découvert l’univers du jeu vidéo indépendant et avons adoré l’idée de ne dépendre de personne pour finaliser un projet qui nous tient à cœur. Nous avons joué à Machinarium, un jeu point & click griffonné sur papier et avons de suite fait le lien avec notre unique compétence : le dessin.

On a eu envie de tester ce médium pour raconter nos propres histoires. L’idée de situer notre histoire au Japon est venue de suite, comme une évidence. Nous avions voyagé à Okinawa quelques mois auparavant et il nous en restait un souvenir d’aventure assez magique que nous voulions faire vivre aux joueurs.

De quoi parle ce jeu ?

The Coral Cave raconte l’histoire de Mizuka, une petite japonaise qui vit sur une île imaginaire d’Okinawa. Une nuit, elle fait un rêve étrange dans lequel une prémonition lui est faite. À son réveil, le village est en danger. La petite fille est confrontée à une vielle légende inquiétante qui refait surface. Il lui faudra s’aventurer dans les zones les plus sauvages de l’île et traverser le monde des esprits pour sauver les siens.

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Quelles sont vos influences et inspirations ?  

Notre inspiration première est notre expérience de voyage. Nos différents séjours au Japon et toutes les aquarelles que nous en avons ramené nous influencent au jour le jour.

Pour nous imprégner de l’atmosphère des lieux, nous regardons des films d’Okinawa, nous écoutons de la musique de là bas et nous suivons le travail de peintres et groupes locaux. Nous ramenons aussi pas mal de livres quand nous rentrons du Japon.

Il y a quelques temps, nous avons trouvé un livre de peintures japonaises de Misao Shimizu. La transparence et la lumière qui émanent de ses tableaux représentant des paysages d’Okinawa, sont une véritable inspiration…

Nous sommes aussi de grands admirateurs d’Henri Rivière dont nous avons vu une exposition en parallèle avec les estampes d’Hokusai, lorsque nous vivions à Concarneau, en Bretagne. Il a réalisé de nombreuses estampes de paysages bretons mais aussi de superbes aquarelles dans lesquelles le trait au crayon est très présent.

Sur The Coral Cave, nous travaillons avec des couleurs vives à l’aquarelle et un trait de crayon fort qui sert d’encrage. Nous aimons aussi le travail de nombreux artistes japonais tels que Shûji Terayama (réalisateur de La symphonie Pastorale) chez qui chaque plan est d’une grande richesse avec des couleurs détonantes et des thèmes liés à l’enfance, au folklore, à la campagne japonaise…

Nous ne pourrions pas citer toutes nos influences, mais celles-ci sont les plus importantes lorsque nous travaillons sur The Coral Cave.

Quelle est votre méthode de travail ? Qui fait quoi ?

Dès le début, nous nous sommes réparti les taches de manière très distincte car nous sommes 2 dessinateurs et il fallait trouver une solution pour obtenir un résultat homogène. Olivier dessine les décors et Cécile les personnages. Ainsi, pas de problème de mélange de styles.

Ensuite, nous proposons tous les 2 des idées mais c’est Olivier qui écrit le scénario et qui met en place les énigmes car il fait aussi la programmation. Cécile s’occupe des animations et de la musique.

Tous les dessins, décors et personnages sont faits sur papier au crayon (8B) et à l’aquarelle, puis scannés et intégrés au logiciel du jeu (Wintermute).

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Pourquoi vouloir faire ce projet totalement à l’aquarelle ?

Pour nous la question ne s’est jamais vraiment posée. L’aquarelle était notre technique de travail avant de décider de faire un jeu vidéo. Maintenant, nous sommes bien contents car il n’en existe pas beaucoup d’autres et cela donne une originalité à notre projet.

Il s’avère que ça intrigue certaines personnes et redonne l’envie de toucher à l’aquarelle. Notre ami Simon Mesnard (créateur indépendant du jeu de science fiction ASA) s’est mis à tenir un carnet d’aquarelles depuis que nous sommes en contact et quand il vient nous voir, il amène son matériel, on va se promener et on dessine.

Pour nous c’est un vrai bonheur, c’est un moment que l’on peut partager et qui est très agréable. Nous entretenons un blog où nous montrons beaucoup d’images de la création du jeu. Et parmi elles, il y a de nombreuses photos de nous en train de faire des dessins en extérieurs. Nous cherchons à encourager les lecteurs à en faire autant.

Y’a t-il un message que vous souhaitez faire passer à travers ce jeu ?

En choisissant de faire un point & click, nous sommes partis sur l’idée de faire vivre au joueur une vraie expérience de voyage, exactement comme nous à Okinawa : nous sommes projetés dans un monde inconnu, sans explication, il faut observer attentivement ce qui nous entoure et interagir avec pour avancer.

D’autre part, nous partageons au maximum les coulisses de la création du jeu pour donner envie aux gens de se lancer avec ce qu’ils ont sous la main (crayons de couleur, peinture etc…) pour qu’ils n’aient plus l’impression de dépendre de gros logiciels ou de matériel qui coûte une fortune.

Et bien sûr, nous partageons tout un mode de vie qui va avec : nous voyageons en déménageant chaque année dans de beaux environnements pour trouver l’inspiration et en revanche, nous ne possédons rien.

Nous partons avec un sac à dos contenant une boite d’aquarelle, quelques vêtements de rechange et notre ordinateur. En essayant de faire rêver nos lecteurs, nous espérons qu’ils se sentirons inspiré, qu’ils ressortiront leurs vieilles boîtes d’aquarelles ou bien qu’ils partirons un peu à l’aventure.

Nous ne cherchons pas à transmettre de message écologique, mais nous espérons que les joueurs de The Coral Cave ressentirons le plaisir d’être dans un environnement où la nature est encore sauvage et propice à l’imagination. L’héroïne, Mizuka, est une petite fille assez éveillée et nous pensons que son lieu de vie y est pour quelque chose.

À côté du jeu, vous développez des produits dérivés.
Pour quelle raison ? Sont-ils reliés directement au jeu ?

À l’origine, le seul produit dérivé que nous proposions sur notre boutique en ligne, c’étaient de petites estampes originales inspirées de l’univers de The Coral Cave. Nous les faisions par plaisir car nous aimons cette technique. Chaque estampe constitue une œuvre originale mais son principe de reproduction permet de la rendre populaire car son prix est moins élevé qu’une aquarelle originale par exemple.

Et puis, l’été dernier, nous avons eu envie de faire un break d’un mois sur le jeu pour réaliser une petite BD à 2 mains. Il s’agissait là-encore de se faire plaisir. Mais tant qu’à faire, nous avons situé l’histoire dans l’univers du jeu. L’idée d’une aventure indépendante avec la même petite héroïne nous plaisait. En fait, grâce à cette BD courte auto-éditée, nous avons pu mieux cerner le caractère de Mizuka mais aussi des habitants du village. Nous avons précisé la carte de l’île et le design des personnages. C’est devenu une petite intro destinée à faire patienter les joueurs, mais aussi un moyen de renouer avec le milieu de la bande dessinée. Grâce à ce produit, nous pouvons participer aux festivals BD et rencontrer un public plus familial et plus adapté à notre univers que celui du « jeu vidéo ».

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Ensuite, comme nous faisons tourner une exposition des dessins originaux du jeu dans des festivals et des bibliothèques, nous avons pensé qu’il serait bon de proposer quelques produits faciles d’accès comme des cartes postales ou des ex-libris pour que les visiteurs repartent avec un souvenir. Nous les imprimons sur un papier aquarelle de façon à ce qu’ils ressemblent le plus aux originaux.

Donc oui, la plupart de nos produits dérivés sont en lien avec The Coral Cave, même si à côté, nous avons une petite boutique sur Etsy où Olivier vend quelques estampes personnelles toujours en lien avec le Japon.

Comment sont réalisées les estampes originales ? Quelles sont les étapes de création ?

Nous utilisons 2 techniques différentes : la linogravure (dont le principe est le même que l’estampe japonaise sur bois) et la gomme.

On commence par imaginer une illustration avec un certain nombre de couleurs. On décalque le dessin et on le reporte sur différentes plaques de lino en faisant attention à reporter une couleur par plaque.

Par exemple toutes les zones jaunes seront reportées sur la plaque 1 puis toutes les parties bleues, sur la plaque 2 etc… Ensuite, à l’aide d’une gouge, on creuse les plaques en évidant toutes les zones qui ne doivent pas rester blanches, de sorte que seul le motif apparaisse en relief.

Ensuite, on prépare une couleur que l’on étale sur la plaque à l’aide d’un petit rouleur. On pose par dessus délicatement le papier de notre choix et on frotte le dos avec une cuillère à soupe pour que la peinture adhère au papier. On procède ainsi pour chaque couleur qui vient se superposer.

Il faut bien laisser sécher entre chaque couche et bien caler les couleurs pour ne pas qu’il y ait de décalage.  

Pour la gomme, la technique est la même sauf qu’au lieu de poser le papier sur la plaque, on pose la plaque sur la papier, comme si l’on tamponnait.

La gomme est plus facile à graver mais on ne peut pas faire de trop grande illustration avec car c’est une matière très souple qui se déforme un peu quand on appuie dessus. Plus la surface est importante, plus l’image est floue.

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Pour quand est prévue la sortie du jeu ? À quel prix et où pourra t’on le trouver ?

Nous ne pouvons pas donner de date précise de sortie car c’est notre tout premier jeu vidéo et nous apprenons au fur et à mesure. Si bien que nous rencontrons des difficultés insoupçonnées à certains moments tandis que nous avançons très vite sur le dessin. Le plus dur étant pour nous de créer des énigmes suffisamment difficiles pour les joueurs expérimentés et suffisamment logiques pour les « non-joueurs » car nous cherchons à créer un jeu accessible à tous. Mais c’est un domaine où nous avons encore tout à apprendre !

Pour le prix, nous n’avons rien fixé non plus. Le sujet est délicat car les joueurs sont habitués à payer très cher pour les grosses productions mais quasiment rien pour les jeux indépendants. C’est dommage car si tout le monde brade son travail, comment redonner de la valeur à ces produits qui sont pourtant parfois très ambitieux et de très grande qualité ? C’est tout un équilibre à trouver. Et puis The Coral Cave n’est pas terminé, d’ici là, le marché peut évoluer et nous verrons ce qui se fait.

Où peut-on voir l’avancée du projet et tous vos magnifiques dessins ?

Chez nous ! Nous déménageons tous les ans : il y a 3 ans nous étions en Bretagne, puis nous avons été dans les Alpes et maintenant nous sommes au Pays Basque, et tous les été (et pour les fêtes) nous rentrons dans nos familles en région bordelaise. Il y a des chance pour que nous passions près de chez vous et nous adorons rencontrer des gens alors n’hésitez pas à nous contacter, on sera ravis de déballer nos carnets et vous montrer les originaux de The Coral Cave.

Si vous êtes plutôt du genre « ours des cavernes » une belle espèce que nous respectons honorablement, vous pouvez suivre l’avancée du projet mais aussi notre quotidien, nos balades, nos dédicaces en festivals etc…
Depuis chez vous, sur notre blog : ateliersento.com. Pour vous tenir au courant des news du jeu (trailer, sortie etc…), il y a même un site officiel : thecoralcave.com

Merci à Cécile et Olivier d’avoir pris le temps de répondre à nos questions !
On les encourage pour la suite de leurs projets et on attend avec impatience la sortie de The Coral Cave !

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Une réponse à “Atelier Sentô”

  1. BRUN François dit :

    interview très intéressante et qui donne envie que Cécile et Olivier réussissent dans leurs projets en gardant le même état d’esprit qui fait du bien, et qui se perçoit dans la qualité de leur travail.Merci pour cet article

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